Ça faisait bien 4 ou 5 jours que ça n’allait pas fort, fort. Je ne dormais jamais plus de deux heures de suite, je n’avalais plus rien et je me sentais angoissé comme jamais. Je tenais le coup, tant bien que mal, jusqu’à ce que ma tête se mette à m’envoyer des messages, des idées et surtout des sons un peu trop étranges à mon goût. Ça ne m’était jamais arrivé. Du moins, jamais avec une telle intensité.
C’est un peu paniquant d’entendre toutes ces drôles d’affaires en boucles dans sa tête et d’avoir l’impression de ne pas pouvoir les arrêter de nous harceler. Alors comme de fait, j’ai paniqué et La Douce, après discussion avec moi, m’a mené à l’hôpital. Le 24 décembre. Franchement et objectivement, je me serais attendu à autre chose pour la veillée de noël. Quelque chose de plus joyeux et surtout, de plus normal disons. Mais bon, moins objectivement et dans l’état où je me trouvais, j’étais bien heureux que quelqu’un s’occupe de prendre des décisions à ma place et j’aurais probablement accepté de passer le réveillon dans une fosse à purin si cela avait pu arrêter tout ce boucan dans ma tête.
- Qu’est-ce qui vous amène, Monsieur Gervais?, a demandé le psy.
«Et bien, j’avais envie de vivre une nouvelle expérience : noël en psychiatrie». Non mais qu’elle fait chier cette question. Surtout quand tu viens de déballer ton histoire à l’infirmière du triage à peine 15 minutes plus tôt. C’est bien connu, tout le monde aime raconter à des inconnus qu’il entend de drôles de voix et de sons que les autres ne semblent pas entendre. Je veux dire, entre ça et raconter que je suis, tout à fait fortuitement et par accident tombé assis sur un dildo et que je viens consulter parce que j’arrive plus à le retirer de mon cul, je choisis sans hésiter le dildo.
Mais bon, il faut bien qu’il fasse son travail le pauvre psychiatre alors je lui ai raconté. De toute manière, je n’avais pas d’autres choix. La ligne entre entendre des choses étrange et y croire est bien mince, et je dois avouer que je ne me sentais plus la force de m’auto-raisonner. Nous avons convenu, le psy et moi,  qu’il serait sage que je passe un bout de temps, au moins la nuit, à l’urgence question de comprendre ce qui n’allait plus avec mon coco et voir quelles options s’offraient en guise de «traitement».
L’urgence d’un hôpital psychiatrique, c’est franchement déroutant. D’abord, parce que ça n’a rien à voir avec l’image dont on s’en fait habituellement. Ça ressemble presque en tout point à une unité de soins ordinaire, de celles qu’on retrouve dans tous les hôpitaux. C’est seulement un peu plus sécuritaire. Les gens qui y sont en ont besoin.
En second lieu, les gens qui y travaillent sont vraiment gentils et attentionnés. Ils sont d’une patience et d’une bienveillance surprenante, comme j’ai pu le constater alors qu’on m’accompagnait à ma chambre. Une infirmière tentait de son mieux de rassurer un patient complètement paniqué : elle était tout à fait incapable, contrairement à ce que le patient croyait, de lire dans ses pensées et rien de mal ne pouvait lui arriver ici, il était en sécurité.
La nuit a été à la fois longue et courte. Longue parce que le monsieur, une fois convaincu que personne ne pouvait lire dans ses pensées, s’est mis à ronfler tellement fort que j’avais peine à croire que les murs n’allaient pas s’effondrer. Courte parce que, on s’en doute bien, je n’ai pas réussi à dormir bien longtemps…
Au matin, j’étais dans un sale état. Non, je ne me sentais pas mieux. Pas pire, mais pas mieux non plus. Si bien que le médecin a décidé qu’il valait mieux me garder encore un peu. J’en avais à peu près autant envie que d’une coloscopie et j’ai bien, juste un peu, tenté de protester. Rien ne m’obligeait à rester mais bon, à quoi bon se rendre à l’hôpital pour se faire soigner si on n’est pas foutu de suivre les recommandations des médecins…
Assis dans la salle de séjour où il n’y a définitivement rien d’autre à faire que ne rien faire, je me suis mis à paniquer. Bob le ronfleur (c’est ainsi que j’avais décidé de baptiser celui qui craignait qu’on lise dans ses pensées) engueulait sa mère au téléphone. «C’est le fun en sacrament hein! J’vas passer noël enfermé! Merci beaucoup! Merci en tabarnac!».
Putain, c’est noël… J’ai pas le temps d’être malade… Et si je ne guérissais pas? Si je restais comme ça toute ma vie? Le bruit s’est fait encore plus intense dans ma tête. Je suis devenu anxieux et honteux. D’abord un peu, puis beaucoup. Moi qui serine à droite et à gauche qu’il n’y a pas de honte à souffrir de maladie mentale… C’est bien con. On ne peut faire autrement que d’avoir honte. Par la fenêtre, les gens s’affairent dans la rue. Moi, je m’affaire à entendre du bruit, à être malade mental. Je n’ai pas choisi d’être malade. Ce n’est pas ma faute, pourtant, j’ai honte. Je voudrais être normal. Je ne voudrais ne pas avoir honte. D’abord parce que personne n’aime avoir honte de soi-même. Mais surtout parce que tout le monde s’attend à ce que j’aille bien. Comme si, parce que j’ai écris un livre sur la maladie mentale, je devenais invincible, intouchable. Comme si ça allait de soi que pour le reste de mes jours, j’allais filer le parfait bonheur. C’est beaucoup de pression… Les gens ont tant besoin de croire que la maladie mentale disparait comme par magie qu’ils en arrive à croire que c’est le message véhiculé par mon livre alors qu’en définitive, ce n’est pas le cas. La maladie mentale, on apprend à vivre avec. Ce n’est pas parfait, mais ce n’est pas «mal». Il faut l’accepter, même si c’est loin d’être évident. Particulièrement lorsqu’on se retrouve dans ma situation.
Le diner est arrivé. Rien pour m’encourager : un hamburger frette avec des chips et un café. Pas de moutarde, pas de ketchup. Une boulette de marde entre deux pains mouillés. Ostie que c’était déprimant. Comme si j’avais pas mangé assez de marde dans ma vie… Mais je l’ai tout de même avalé, le «hamburger». Pour aller mieux, il faut manger. J’aurais mieux fait d’attendre car le préposé qui servait le diner, après s’être aperçu que le repas ne semblait pas faire l’unanimité, a proposé de nous trouver des sandwichs aux Å“ufs. Je vous l’ai dit, ils sont gentils les gens ici. Â
Hormis Bob le ronfleur et moi, il y avait qu’un seul autre patient. Un petit vieux vraiment tout petit. Chétif, délicat, frêle, innocent. C’est pour les gens comme lui que le mot vulnérabilité a été inventé. Son visage s’est éclairé d’un sourire d’enfant de 4 ans quand on lui a remis le sandwich. Il a bien mis dix minutes à le déballer. Et juste au moment où il allait en prendre une bouchée, Bob le ronfleur s’est élancé vers lui pour lui subtiliser brusquement le sandwich et le foutre à poubelle.
- Mange pas ça, qu’il a dit, c’est empoisonné!
Le petit vieux est resté muet de stupéfaction. Comme si on venait de lui voler un trésor et gêné (ou peut-être intimidé car il fait bien 6 pied 8 Bob le ronfleur) comme il était, il n’a pas émis l’ombre d’une protestation. SI ce n’était de mon intervention auprès du personnel, il aurait probablement jeuné. On lui a remis un autre sandwich, tout en sermonnant Bob le ronfleur. Mais aussitôt le sandwich déballé, ce dernier s’est à nouveau élancé pour attraper le sandwich et le petit vieux à vraiment fait une drôle de face. Ce n’était pas drôle mais j’avais une envie folle de rigoler. Bob le ronfleur criait au préposé «Tu vois ben qu’il en a peur de ton sandwich! Pourquoi tu veux le forcer à le manger!?». Et moi de retenir mon rire, il à pas peur du tout, le petit vieux, il voudrait juste bouffer son maudit sandwich tranquille! C’est vraiment à mourir de rire, mais je n’ose, de peur d’offusquer Bon le ronfleur qui croit dur comme fer être le sauveur du petit vieux en l’empêchant de se faire empoisonner.
Je suis allé me cacher dans le fumoir pour rire tranquille. Et j’ai ris, j’ai ris en tabarnouche! Ça faisait du bien sans bon sens de me détendre ainsi, de parvenir à trouver quelque chose de comique même dans mon état, même dans cet endroit triste. J’ai ris jusqu’à ce que je m’aperçoive que les infirmières regardaient d’un drôle d’air le gars qui riait tout seul dans le fumoir et je me suis dit que si je ne voulais pas passer ma vie à l’hosto, il serait peut-être bien d’arrêter de rire tout seul comme un débile!
J’suis resté trois jours finalement. Diagnostic : trop de stress. Et oui, trop de stress, quand on souffre de maladie mentale, du moins de la mienne, ça peut mener à des épisodes dissociatifs. Je devrais pourtant le savoir : je le dis à qui mieux mieux lors des mes conférences… Et du stress, j’en avais eu ma dose pas à peu près, sans compter le lancement de mon deuxième livre qui arrivait à grand pas. Bref,  je vous raconterai, un jour.
Je suis rentré à la maison pour retrouver La Douce encore inquiète, mais heureuse de me savoir mieux et de retour. J’ai regardé par la fenêtre, il faisait beau. Très beau. J’ai regardé mon agenda, il était surchargé, comme d’habitude. C’était étrange, comme sentiment. Voilà quelques heures, j’étais dans un hôpital, en psychiatrie, et tout d’un coup, la vie reprenait son cours. Je me suis mis à penser.
La vie reprend son cours. J’ai une maladie mentale, ok, mais la vie continue.
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Il me fait plaisir de vous annoncer la publication de mon prochain bouquin, «Les Chroniques conjugales d’un mâle en mal de mots» et par la même occasion, de vous inviter au lancement qui aura lieu le 27 janvier prochain. CLiquez sur la photo en bas pour les détails. AU plaisir de vous rencontrer!

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D’aussi loin que je puisse me souvenir, ma tante Benjamine a toujours eu les cheveux blancs. Enfant, je croyais que seuls les vieillards pouvaient avoir les cheveux si blancs et c’était pour moi un véritable mystère que ma mère ait les cheveux d’un blond uniforme alors qu’elle et sa grande amie avaient exactement le même âge. Lorsqu’on est enfant, il y a bien des choses que l’on ignore. Notamment l’existence de teintures pour les cheveux, mais aussi le fait qu’il n’y ait pas que l’âge pour faire blanchir les cheveux.
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Benjamine est la mère de trois enfants et l’un d’eux, Ivan, a toujours été un peu particulier. Tout au long de sa scolarité, Ivan fut la bête noire des enseignants qui le qualifiaient de tête forte et d’agitateur alors qu’en réalité, c’était un enfant surdoué qui, trouvant l’école ennuyante, s’arrangeait pour qu’elle le soit un peu moins. Contrairement aux enseignants, Benjamine l’avait compris. D’ailleurs, elle a toujours été douée pour déceler du potentiel chez des individus que la plupart des gens se contentent de rejeter en raison de leur différence. Elle est de celles pour qui la différence constitue une richesse. Déjà à cette époque, alors qu’elle multipliait les efforts pour maintenir son fils dans un système scolaire qui n’en voulait tout bonnement pas, Benjamine consacrait son temps à défendre les travailleurs dont les droits avaient été lésés à titre de déléguée syndicale. Je doute cependant qu’elle se doutait alors jusqu’à quel point son amour pour les gens opprimés et son talent pour les défendre et les aider allaient changer des vies. Â
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Un soir, alors qu’il rentre tout juste d’un long voyage en Europe, Ivan déclare le plus sérieusement du monde à sa famille qu’il préfère dormir sur le gravier de la cour plutôt que dans son lit, ce qu’il fait sans plus tarder. Les bizarreries de la sorte se succèdent pendant quelques temps, jusqu’à ce qu’un diagnostic de Schizophrénie vienne leur donner un sens. À 22 ans, Ivan entreprend alors un traitement pharmacologique aux effets secondaires inimaginables. Il bave constamment, son corps est secoué de spasmes incontrôlables et semble toujours sur le point de s’endormir debout. Les voix qui lui ordonnaient des trucs étranges s’étaient tues, mais Ivan n’était plus que l’ombre de lui-même.
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J’étais très jeune à l’époque, sept ans tout au plus, mais je me souviens bien combien le mot Schizophrène semblait faire peur. C’est un mot qu’on prononçait tout bas, en chuchotant. Aussi, je constatais que ce devait être un mot vraiment compliqué à prononcer parce que la plupart du temps, on le remplaçait par un autre plus simple : fou.
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Tous semblaient mal à l’aise en présence d’Ivan après qu’on lui ait attribué cette étiquette et je dois avouer que du haut de mes sept ans, je pouvais les comprendre. La dernière fois que j’ai vu Ivan, c’était lors d’un mariage. Alors que tous festoyaient autour d’une table, Ivan, vêtu un peu étrangement, se tenait à l’écart dans un coin de la pièce, les mains jointes dans une prière silencieuse mais intense.
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Aujourd’hui, je me demande si Ivan priait pour que les voix cessent de le harceler ou pour retrouver la place qu’il avait perdue dans la société depuis qu’on le savait Schizophrène. Aujourd’hui, je sais que les personnes qui souffrent de maladie mentale ont beaucoup à offrir. Je le sais parce que j’en souffre moi-même. Et si aujourd’hui cette idée commence à tranquillement faire son chemin au sein de notre société, ce n’était pas le cas il y a quinze ans. Un diagnostic de Schizophrénie, c’était un passeport pour l’exclusion, un aller simple vers le pays des plus bons à rien. Pendant de longues années, Benjamine s’est démenée afin qu’Ivan, malgré son handicap et les préjugés dont il était victime tant dans sa propre famille qu’ailleurs, retrouve son droit d’exister. Malgré cela, un soir, Ivan confia à sa mère qu’il se sentait inutile. Il confessa aussi, comme il le faisait souvent, sa peur qu’un jour, les voix ne prennent le dessus sur sa volonté. Quelques jours plus tard, en rentrant de faire des courses, Benjamine et son mari trouvèrent Ivan pendu dans la salle de bain.
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J’avais quinze ans quand Ivan s’est suicidé. J’en ai à peine entendu parler, et pour cause. Je me trouvais à cette époque dans un hôpital depuis plusieurs mois pour avoir moi aussi tenté de m’enlever la vie à plus d’une reprise et je crois qu’on préférait me tenir loin de tout cela de peur que je ne récidive. Je n’ai appris que plus tard la suite des événements.
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Après quelques mois d’anéantissement, Benjamine décida de poursuivre son combat. Ainsi, à l’âge de 57 ans, elle retourna sur les bancs de l’université afin d’acquérir les connaissances nécessaires pour s’acquitter convenablement de sa tâche. Il lui fallut près de six ans pour décrocher son diplôme en suivant les cours du soir. Six années pendant lesquelles en plus de son emploi à temps plein, de ses études, de son rôle de maman et de grand-maman, elle donna sans compter de son temps à la Société Québécoise de la Schizophrénie, venant bénévolement en aide aux familles dont un membre souffrait de cette maladie.Â
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Parallèlement à ces activités déjà prenantes, elle fonda un atelier de réparation de livres dont le personnel était uniquement constitué de personnes souffrant de graves maladies mentales. Les contrats accordés à cette entreprise par les grandes bibliothèques permettaient à ces êtres humains arbitrairement condamnés à l’exclusion et à la pauvreté de rehausser leur qualité de vie. Benjamine avait compris que pour ces laissés pour compte, le fait de se sentir utile à quelque chose, ne serait-ce que dans des proportions lilliputiennes, faisait toute la différence. Les dernières paroles d’Ivan n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. À l’âge de 63 ans, alors que la plupart d’entre nous prennent leur retraite, Benjamine entamait, diplôme en main, une toute nouvelle carrière en devenant directrice générale de l’Association Québécoise des Parents et Amis de la Personne Atteinte de Maladie Mentale.
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J’avais alors 23 ans et j’étais anéanti par la maladie mentale. Je souffre d’un trouble de la personnalité limite, problématique aussi méconnue que dévastatrice. Pendant des années, je m’étais efforcé de masquer à la Terre entière le mal dont je souffrais et qui me rongeait de l’intérieur. J’avais été loin pour tenter d’oublier que je souffrais et mes proches en avaient largement subi les contrecoups. Je ne comptais plus les tentatives de suicide, les abus de drogue et d’alcool ou encore les situations où j’aurais pu me mettre dans de sales draps. Ma 23ième année de vie fut celle où je réalisai que j’avais tout perdu, que peu importe ce que je ferais, peu importe jusqu’où je fuirais, la maladie demeurerait et il me faudrait apprendre à vivre avec. Pour moi, ce la signifiait accepter d’être victime de préjugés, accepter d’être inutile et improductif. Mais ce fut également l’année où ma tante Benjamine refît son entrée dans ma vie.
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Ce fut elle qui, à l’issu des courriels que nous échangions, souligna mon talent pour l’écriture et me suggéra de l’utiliser pour clamer mon droit d’exister au-delà d’un problème de santé mentale. J’entrepris donc la rédaction d’un témoignage. Je doutais que cela puisse un jour attirer l’attention d’un éditeur ou de qui que ce soit, mais je réalisais qu’écrire m’apaisait et m’aidait à me comprendre. Aussi je travaillai à mon manuscrit de façon sporadique, jusqu’au jour où je reçu cet appel de Benjamine. Un conférencier s’était décommandé à la dernière minute et pour le remplacer, ma tante me demandait de venir parler à ses membres de mon expérience. J’hésitais, mais acceptai finalement et me rendis dans les locaux de l’Association, les tripes nouées par l’anxiété, persuadé que tout cela n’intéressait personne.
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Cependant, il m’apparut rapidement que ce n’était pas le cas. Tous m’écoutaient avec attention, me relançaient de leurs nombreuses questions. Je réalisai alors que ces gens m’appréciaient vraiment, qu’ils aimaient de moi ce que j’avais toujours détesté, ce que j’avais toujours masqué de peur d’être rejeté et ce fut pour moi une révélation : je pouvais faire de mes problèmes de santé mentale quelque chose de positif et de productif. À partir de ce jour je m’attelai à la rédaction de mon manuscrit plus sérieusement et à ma grande surprise, je ne reçu pas seulement une offre de publication, mais quatre! Toute ma souffrance avait désormais un sens et une utilité, celle d’aider des gens à comprendre leurs proches souffrant de maladie mentale. Ma vie avait désormais un sens.
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Au fils des mois qui suivirent cette conférence, je me rendis souvent rencontrer Benjamine à son travail afin de discuter de divers projets. Chaque fois, j’étais étonné par la quantité de travail qu’elle accomplissait. Toujours, son téléphone sonnait. Toujours, ses interlocuteurs dans le besoin trouvaient du réconfort. J’étais littéralement subjugué par la faculté de ma tante de tant donner sans jamais rien demander en retour et je me demandais comment cela pouvait être possible. La réponse ne tarda pas à venir.
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En 2007, le neveu de Benjamine s’enleva la vie. Pour ma tante qui considérait son neveu comme un fils, ce fût une tragédie qui l’obligea à revivre de douloureux souvenirs. Mais elle fût présente pour sa sœur et sa famille. Elle demeura debout, tendre et disponible, même quand elle apprit quelques jours plus tard qu’une de ses employées s’était également enlevé la vie. Au salon funéraire, j’avouai à la sœur de Benjamine - une femme tout aussi généreuse- que j’ignorais quoi dire pour la réconforter. «C’est simple, Etienne, répondit-elle. Dis simplement je t’aime».
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Je me sentis vaguement mal à l’aise sur le coup. Je t’aime, ce n’est pas une chose que je dis facilement, même à mes proches. Mais ce soir-là , je compris ce qui poussait les gens comme Benjamine à donner sans compter. L’amour, tout simplement.
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La dernière fois que j’ai vu ma tante Benjamine, elle semblait avoir pris un coup de vieux. Bien qu’à 66 ans, elle ait surmonté son lot d’épreuves pénibles, la vie ne l’épargnait pas pour autant. Son mari combattait un cancer de l’œsophage. Malgré le poids des années, elle poursuivait sa mission avec détermination, tout en soutenant son mari malade et je me demandais d’où elle pouvait bien tirer toute son énergie. C’est à ce moment que je le vis. Bien en vue juste au-dessus du fauteuil de lecture de ma tante, un portait fait à la main d’Ivan.
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Dites-cela à un gars qui vient de perdre sa blonde, il vous enverra allégrement paitre…
Dites-cela à un gars qui essaie de perdre du poids, il vous dira que vous avez raison merde…
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Voici la seconde et dernière partie de la nouvelle présentée ici.
Cependant, il n’en avait pas toujours été ainsi pour Vincent. Il avait toujours été un enfant et un adolescent anxieux et méthodique, certes, mais tout avait véritablement débuté après l’université, au moment d’occuper son premier emploi. Angoissé à l’idée de ne pas être à la hauteur, la performance et la perfection étaient rapidement devenues ses aspirations les plus profondes. Et plus il se mettait de pression, plus il devenait angoissé. Pourtant, Vincent était apprécié de ses patrons. Un employé modèle : ordonné, compétent et méticuleux comme deux. Mais il apparut à un certain moment que ces qualités pouvaient également se transformer en défaut, le jour où en arrivant au bureau, Vincent piqua une crise monstre en constatant que la femme de ménage avait déplacé des objets sur son bureau. Vincent était un être routinier et méthodique à l’extrême et ses relations avec les collègues de travail se sont rapidement détériorées en raison de ses réactions disproportionnées face au moindre changement. Un collègue avait-il négligé de fermer à fond le robinet de la salle de bain? Il se voyait passé tout un savon! Ces nombreuses altercations, par la honte et la gêne qu’elles suscitaient chez Vincent ont rapidement fait de faire monter l’angoisse de Vincent à son paroxysme. À un tel point qu’il en arrivait à ne plus pouvoir s’acquitter de ses tâches tant il perdait de temps à tout vérifier et revérifier.
Non seulement son attitude devenait contreproductive, mais elle devint rapidement même couteuse. Vincent ne se sentant jamais à 100% convaincu que le robinet de la salle de bains était bien fermé, il le tordait de toutes ses forces pour calmer son angoisse. Si bien que l’entreprise avait du le faire remplacer à trois reprises. La même situation se produisit avec l’interrupteur du bureau de Vincent. Il avait beau constater que l’ampoule était éteinte, c’était plus fort que lui, il lui fallait inlassablement appuyer et ré appuyer sur l’interrupteur afin de s’assurer qu’il était bien en positon éteinte. Il se sentait bien idiot, mais c’était totalement incontrôlable.
Devant le comportement pour le moins étrange de Vincent, les autres employés s’étaient vite mis à se moquer de lui. Des commérages des plus méprisants circulaient sur son compte et Vincent en était conscient. Tout comme il était conscient de son attitude ridicule. Mais c’était plus fort que lui. Et chaque fois qu’il ne parvenait pas à résister à ses obsessions, Vincent se sentait d’avantage ridicule. Son estime de lui-même fondait à vue d’Å“il et son angoisse croissait de manière inversement proportionnelle. C’est à ce moment que la peur des microbes et des virus fit son apparition.
Pour calmer son angoisse des microbes, Vincent développa des routines qu’il respectait au pied de la lettre. Chaque poison avait son antidote. Toucher la main d’un inconnu : se laver les mains 4 fois de suite pendant 48 secondes en utilisant la quantité de savon correspondant à 6 pressions sur le distributeur. Toucher la poignée de porte d’un lieu public : immerger pendant 242 secondes la main dans un lavabo rempli d’eau et de savon. 448 secondes si la poignée lui avait paru graisseuse. Recevoir un postillon dans le visage : d’abord se frictionner le corps entier d’une quantité de savon gel pour le corps correspondant à la moitié d’une bouteille pendant 6 minutes et se rincer sous une douche brûlante pendant 14 minutes.
Toujours dans le but de calmer son angoisse, Vincent avait également conçu d’autres rituels similaires pour toutes les petites choses de la vie. Par exemple, en fermant le rond du poêle, il fallait tester individuellement chaque commutateur à 6 reprises pour s’assurer qu’ils étaient bien fermés. La serrure de la porte devait être fermée à deux reprises et la porte elle-même, testée à 4 reprises d’un coup de pied solide avant de quitter l’appartement. La vie de Vincent s’était transformée en un enfer de routines incontournables imposée d’une main de fer par son anxiété dictatrice. Le geste le plus commun lui prenait 3 fois plus de temps qu’à n’importe qui.
Le jour où il perdit son emploi, étrangement, ce fut comme une délivrance. Il pouvait maintenant s’enfermer dans son petit monde à lui, son appartement ou personne ne viendrait déranger ses habitudes rigides. Depuis maintenant 4 ans, il vivait de l’aide sociale, enfermé dans son 3 et demie, sans ne jamais recevoir d’autre visite que celle de sa mère. Vive de l’aide sociale, c’était très difficile pour l’orgueil de Vincent. Il se sentait parasite. Mais comment aurait-il pu faire autrement? Qui aurait engagé un employé qui mettait 20 minutes seulement pour entrer dans une pièce? Sans compter qu’il était désormais hors de question pour Vincent d’utiliser le transport en commun. Trop de gens, trop d’odeurs et de microbes. Il avait donc depuis longtemps fait un trait sur sa vie professionnelle et sociale. En dehors des visites matriarcales, ses seuls contacts avec le monde extérieur se limitaient à sa visite hebdomadaire avec son psy, son épicerie qu’il faisait religieusement le mercredi après-midi (sauf si le mercredi en question tombait le premier du mois car il y avait foule dans les supermarchés à ce moment) et ses désagréables expéditions sporadiques au dépanneur du coin.
Prenant son courage à deux mains, Vincent enfila son coupe-vent (vérifia la fermeture-éclair 2 fois seulement), enfila ses bottes (dont il renoua 4 fois les lacets) et une fois la porte bien fermée et la serrure bien verrouillée, prit le chemin du dépanneur. Le problème majeur avec les expéditions au dépanneur résidait dans la difficulté à abattre la distance entre ce dernier et son appartement avec un nombre pair d’enjambées mais miraculeusement, il y parvint du premier coup. Devant la porte de l’établissement, il feignit quelques minutes de renouer ses lacets et dès qu’un client se pointa, Vincent se précipita derrière lui afin d’éviter de devoir toucher la poignée de la porte. Tout se déroula pour le mieux jusqu’à ce que vienne le temps de payer.
Le caissier, un vieil asiatique, était visiblement enrhumé. Il reniflait sans cesse et derrière le comptoir caisse, Vincent pouvait apercevoir la corbeille pleine de papiers mouchoirs imbibés de vieille morve dégoutante. N’avait-on pas parlé d’une grippe fatale originaire de Chine dernièrement? Le caissier dut répéter à trois reprises le montant de la facture avant que Vincent ne parvienne à penser à autre chose qu’à la quantité de microbes et autres saloperies contenues dans la poubelle et lorsque l’employé lui rendit sa monnaie, Vincent, qui pourtant avait un budget bien serré, ne la récupéra même pas. Il se précipita plutôt sur la porte qui, heureusement s’ouvrait vers l’extérieur. si bien qu’il n’eût qu’à la pousser du bout de son pied.
1, 2, 3, 4, 5, 6 pas et merde! Vincent avait posé le pied sur le joint du trottoir donc il rebroussa chemin pour recommencer. Parvenu sous le porche de son immeuble, le compte en était à 97 pas, nombre tout à fait inacceptable. Aussi, Vincent fit-il demi-tour à nouveau. Tout allait bien cette fois-ci jusqu’à ce qu’une imbécile d’étudiante trop prise par la lecture d’un livre n’accroche par distraction l’épaule droite de Vincent. Décidément les gens n’avaient aucun respect pour les autres. La jeune étourdie venait de bousiller le trajet de Vincent et celui-ci fût tenté de l’accabler de disgracieuses injures et de se lancer à sa poursuite pour l’effleurer du côté gauche, question d’égaliser les deux côtés mais malgré toute sa colère et son angoisse, il s’en abstint. La dernière fois, la vieille dame qu’il avait poursuivie s’était emportée et Vincent, perclus de honte, avait du expliquer aux policiers qu’il était totalement incapable, si un côté de son corps heurtait un obstacle, de ne pas en faire autant avec l’autre côté.
Aussi Vincent se contenta-t-il de se cogner violement l’épaule gauche contre un arbre et rebroussa chemin pour recommencer le décompte des pas. Il lui fallut trois essais avant de pouvoir enfin retrouver la chaleur et la quiétude de son logement. Son cÅ“ur battait la chamade, il suait à grosse gouttes et son abdomen était comme broyé par un étau d’angoisse. Il retira ses bottes, les aligna 4 fois avant de leur trouver une position parfaite, déversa sur son corps une bouteille de savon et le frictionna pendant 12 minutes, se rinça sous l’eau bouillante pendant 14 minutes, s’essuya, échappa sa serviette sur la cuvette, la ramassa, repris une autre douche au cas où les microbes de la cuvette auraient sautés sur son bras en récupérant la serviette, s’essuya à nouveau, se lava 14 fois les mains dans le lavabo (il avait manqué d’eau chaude pour sa dernière douche), stérilisa à l’aide d’un tampon d’alcool le goulot de la pinte de lait à 10 reprises avec 10 tampons différents, se lava les mains à nouveau 4 fois, s’y prit à 3 reprises avant d’être absolument certain que la cafetière contenait la bonne quantité d’eau, appuya 6 fois sur l’interrupteur de la cafetière, nettoya sa tasse à 4 reprises, échappa la cuiller sur le plancher, la récura consciencieusement pendant 122 secondes, se lava les mains par 4 séries de 52 secondes, se versa un café, vérifia que la cafetière était bien éteinte à 8 reprises et cela même si l’appareil était débranché, versa la bonne quantité de lait dans son café, essuya 6 fois la pinte de lait, la replaça dans le frigo, la repris 2 fois pour s’assurer que le bouchon était bien vissé, rinça 2 fois la guenille, posa la posa dans l’évier, se lava 6 fois les mains, décida de se passer de sucre et s’assit enfin devant la télévision.
À la télé, on passait une émission «ligne ouverte» et le sujet de cet après-midi était les assistés sociaux ou, comme disaient certains intervenants, les maudits b.s. Pendant 30 minutes, les appelants laissèrent couler leur fiel sur cette race d’indésirables parasites profiteurs paresseux que sont évidemment, tout le monde le sait, les b.s. L’un des intervenants de l’émission proposait même, et très sérieusement, de retirer le droit de vote à cette lie de la société. On en était même arrivé à troquer les «ils» ou «elles» par de «ça» ou «c’». «C’est pas capable de se lever le matin», disait-on. «C’est paresseux, ça veut pas travailler, ça profite du système, ça fait semblant d’être malade pis ça fait rien de leur journée!»
Vincent soupira. Son expédition l’avait épuisé et il se dit que pour un paresseux, c’était un homme plutôt occupé…
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Moi qui pensais avoir eu toute une surprise avec le chèque de Denis,  mon éditeur, j’ai été un peu déçu ce midi en lisant le journal de mercredi. J’suis pas si «hot» que ça finalement avec mon chèque à trois chiffres…
Getachew Tekeba est un guide touristique éthiopien âgé de 29 ans. Il avait l’habitude d’emmener ses clients admirer un panorama de montagnes qu’il affectionnait tout particulièrement. Souvent, il se perdait dans ses rêves et leur racontait combien il aimerait construire à cet endroit un hôtel qu’il administrerait lui-même.
Mais Getachew (à ne pas confondre avec picachew) n’était pas dupe : un guide touristique en Éthiopie ne gagne guère plus de 200$ par mois. C’est ce qu’il racontait d’ailleurs à un couple de clients texans, un jour où il les avait emmené voir son coin de paradis.
Ce que Getachew ignorait, c’est que ces clients en questions étaient milliardaires. Quelques semaines plus tard, il a eu la surprise de sa vie en constatant qu’un dépôt de 800 000$ avait été fait dans son compte par les clients en question. Getachew est maintenant propriétaire et gérant de l’Hôtel Moutain view. Comme de quoi il existe des gens bien intentionnés sur cette terre.
800Â 000$, c’est tout un paquet de fric! Alors en y repensant, Denis, t’es vraiment cheap…
Pas de commentaire »
Hier matin j’étais plutôt mal foutu. Je devais me rendre à un rendez-vous chez Emploi-Québec pour obtenir une subvention au démarrage d’entreprise mais j’avais un problème de taille : j’avais plus un rond pour prendre l’autobus.
En fait, il restait bien exactement 1,38$ dans mon compte de banque, mais on ne peut pas retirer 1,38$ au guichet. J’ai donc entrepris de rouler l’ensemble des cennes noires qui trainaient dans le pot sur le dessus de ma commode. C’est quand même surprenant le montant qu’on peut accumuler en cennes noires car quand j’ai eu fini de les rouler, j’avais pour 12,50$ de cennes noires! 25 rouleaux! Ça tombait franchement bien parce qu’il en coûte 11$ pour acheter six billets d’autobus.
La caissière du pharmaprix au coin de la rue a vraiment fait un drôle d’air quand j’ai déposé mon sac SuperC (doublé car c’est pesant 1250 cennes noires) sur son comptoir en guise de paiement. Elle a entreprit d’ouvrir chaque rouleau, comme si je pouvais mettre de fausses cennes noires, des Rolaids ou j’sais pas trop. Quoi qu’il en soit, c’était vraiment irritant. De un, les 4 madames qui attendaient derrière moi ont eu tout loisir de constater à quel point j’étais cassé. J’ai bien eu envie de leur dire «c’est pas ma faute, je suis un auteur Québécois!» mais j’avais trop peur de déconcentrer la caissière, qu’elle recommence à compter du début et me fasse ainsi manquer mon bus…
Je l’ai d’ailleurs attrapé de justesse, le bus, et ai fait le trajet jusqu’au métro en respirant par la bouche. Faisait vraiment chaud, hier, et vu la crise économique, il semble que beaucoup de gens aient été tenté de faire des économies sur le déodorant.
Quoi qu’il en soit, j’étais plutôt satisfait en prenant place dans le métro. Je n’avais qu’1,50 en poche, mais au moins j’allais pouvoir me rendre à ce rendez-vous qui allait peut-être changer ma vie. Puis, avant de me ressasser les arguments à présenter au comité d’emploi-québec lorsque j’y ferais face, j’ai entrepris de lire le courrier que j’avais négligemment attrapé au vol en quittant la maison. Il y avait une lettre de Denis, mon éditeur chez Olographes.
D’ordinaire, lorsqu’il a affaire à moi, il me téléphone ou m’envoie un courriel. Donc, en déchirant l’enveloppe, je me suis dit que cette lettre n’augurait rien de bon. Mais surprise!!!!
Un chèque!!!
Pis tout un à part de ça! J’veux dire à l’échelle de mes revenus habituels d’auteur, évidement. Pas de quoi s’acheter une voiture, même une minoune, mais de quoi payer au moins un mois de loyer!
Ben merci Denis de cette surprise! Je comprends maintenant pourquoi tu ne m’en a pas avisé. Tu voulais me faire une surprise. Ça ou t’es aussi cassé que moi et ça t’arrachait le cÅ“ur de signer le chèque, mais connaissant ta personnalité, j’opterais pour la première hypothèse.
Mais surtout, merci à tous ces gens qui ont acheté et lu mon livre, ça me fait vraiment chaud au cÅ“ur! Ce genre de paiement n’arrivant qu’une ou deux fois par année, je suis tout de même loin de gagner ma vie en écrivant, mais de savoir que tout ces gens ont pris la peine d’aller acheter mon livre, ça fait tout une différence sur la motivation!!!
Je ne viens plus aussi souvent qu’avant écrire sur le blogue, mais c’est que je travaille d’arrache-pied. D’ailleurs, je vous annonce officiellement, pour cet hiver, la parution de mon prochain livre aux éditions Les Intouchables et qui portera le titre de « Les chroniques conjugales d’un mâle en mal d’écrire».
Maintenant, il ne me reste plus qu’à aller déposer mon chèque et attendre 5 jours que les fonds soient disponibles!
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Je vais faire mon paresseux et vous mettre trois vidéos sans plus de texte…
Partie 1 de 3
Partie 2 de 3
Partie 3 de 3
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Un extrait de mon prochain livre, Au-delà de la folie. Il s’agit d’une nouvelle de mon cru. N’hésitez pas à me faire prvenir vos textes si vous souhaitez participer à ce projet dont les détails figurent à http://www.etiennegervais.com/audeladelafolie.html .
La journée avait mal débutée. Quand Vincent avait ouvert les yeux, le cadran numérique de son réveille-matin indiquait 5h56. Pour qu’une journée commence sous le signe de la chance, Vincent devait se réveiller à 5h55. C’est pourquoi il réglait son réveil à 5h54 afin de s’assurer qu’en se tournant vers le réveil, il posait les yeux sur un cadran numérique affichant 5h55. Trois fois le même chiffre. Il les aurait préférés pairs,  mais après quelques mois, il avait fini par se contenter des chiffres impairs. Les chiffres pairs l’obligeaient à se lever à 4h44 - 6h66 n’existait pas - et 4h44, pair ou pas, c’était tout de même tôt. Vincent s’étira brièvement en maugréant, songeant qu’il devrait prendre sa médication plus tôt à l’avenir. Autrement, il était si abruti par les substances chimiques qu’il lui arrivait bien souvent de ne pas entendre le son du réveil, avec les conséquences désastreuses que l’on connait.
Au moins, se dit-il en s’asseyant sur le côté du lit, ses pantoufles étaient-elles à leurs places respectives. La pantoufle gauche sur le joint de la sixième tuile en partant du mur, la droite sur le joint de la quatrième. Il les enfila et se rendit à la cuisine. Huit pas. En fait, neuf pas aurait été le nombre exact de pas séparant les deux pièces, mais Vincent avait appris à calculer la longueur précise qu’il devait donner à ses enjambées pour que ses déplacements ne s’effectuent jamais avec un nombre impair de pas. 12 de la cuisine au salon, 16 de la salle de bain à la chambre, et ainsi de suite.
C’est en ouvrant le réfrigérateur que Vincent s’aperçut de la catastrophe. La veille, après le départ de sa mère qui lui avait rendu visite, il avait été trop préoccupé à recenser le nombre d’objets auxquels sa mère avait touché, les nettoyer et les replacer à leurs place qu’il n’avait pas constaté que la pinte de lait était pratiquement vide. Cela signifiait qu’il allait devoir se rendre au dépanneur du coin pour s’en procurer d’autre. Pas le choix. Inévitable, inéluctable. Le matin, Vincent devait prendre un café et dans son café, il devait verser exactement 8 millilitres de lait. Pas plus, pas moins. Avec 7 cafés par semaine et trois bols de céréales, la pinte durait exactement une semaine. Mais voilà que sa mère avait tout chamboulé la routine en mettant du lait dans son café.
Aller au dépanneur du coin, c’était toute une expédition. D’abord, Vincent ne parvenait que très rarement à accomplir le trajet avec un nombre pair d’enjambées. Sans parler de ces foutus joints entre les dalles du trottoir sur lesquels il ne fallait absolument pas poser le pied. Mais le pire, c’était le dépanneur lui-même. Il était tenu par un couple d’asiatiques et il y régnait toujours une odeur étrange qui mettait immanquablement l’imagination de Vincent à «spin» quant à évaluer le nombre de bactéries et de microbes qu’une telle odeur pouvait cacher. De plus, de par sa fonction, un dépanneur est fréquenté par une foule de gens pressés qui touchent à tout : poignées de portes, de frigo, produits sur les étalages sans compter l’horrible clavier du terminal Interac dont les touches effacés démontraient hors de tout doute le nombre exponentiel de doigts y ayant touché. Et qui sait à quoi d’autre avaient touché ces doigts avant? Les gens toussent, éternuent, vont aux toilettes, se curent le nez, se serrent la main, se grattent. Combien de microbes, de bactéries et de virus ignobles et dégoutants étaient ainsi véhiculés! Vincent en avait des sueurs froides rien qu’à l’idée de devoir affronter cette terrible épreuve que constituait l’achat d’une pinte de lait au dépanneur du coin.
Â
à suivre!
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